Fantasia, la première exposition personnelle de Signe Emdal à la Galerie Maria Wettergren, apparaît comme un fil fluide d’œuvres et de lieux, de Casa Balandra à Majorque à Rome, puis à Copenhague et Skagen au Danemark. Au cours des sept derniers mois, l’artiste danoise – accompagnée de son métier à tisser de voyage, d’aquarelles et d’un vieil appareil photo analogique – s’est déplacée vers de nouveaux lieux où elle a exploré leurs traditions textiles, leurs histoires culturelles, les couleurs locales et les souvenirs d’enfance, auprès de communautés créatives.
Emdal se définit comme une compositrice de textiles, transformant les émotions et les ambiances en structures tangibles. Ses œuvres sont éthérées et poétiques, comme de la musique. Pour l’exposition, l’artiste a travaillé sur une nouvelle famille de sculptures textiles, qu’elle a délicatement tissées à la main en laine islandaise, en utilisant sa propre technique de fusion, Touch, basée à la fois sur une technique de nœuds de tapis et un brossage spécifique, transformant les fibres en couches subtiles de poésie, semblables à de la fourrure. Influencées par la nature et les traditions textiles du passé, toutefois avec une allure futuriste, ses œuvres Touch évoquent des esthétiques et des temporalités hybrides, offrant de nombreuses associations, telles que des pelages d’animaux, des papillons, des artefacts cérémoniels et des parures luxuriantes. Sensibles et sensuelles, les sculptures en laine vibrent au moindre souffle d’air et semblent presque vivantes, comme des créatures de l’espace ou des espèces exotiques des profondeurs marines – une autre source d’inspiration pour l’artiste, à côté de la science-fiction et de la musique.
La méthode de travail d’Emdal peut sembler proche du sens du mot grec phantasia, généralement traduit par “imagination”. Cependant, dans la pensée grecque, ce mot s’apparente au verbe phainomai, “j’apparais”, qui désigne à la fois la capacité psychologique de recevoir, d’interpréter, voire de produire des apparences, autant que ces apparences elles-mêmes. Signe (et quel nom approprié !) reçoit et interprète les phénomènes, tout en créant de nouvelles et énigmatiques apparitions. Elle se nourrit spirituellement et intellectuellement de lieux culturellement riches, et elle considère l’exposition Fantasia comme une longue ligne de fils conjoints du passé et du futur, où les déplacements ont eu un grand impact sur elle et sur ses œuvres d’art. Ces cultures ne sont pas seulement étudiées, elles sont assimilées à travers un processus intime et spirituel, tourné vers la nature et l’univers.
Diplômée de l’école de design de Kolding en 2007 avec une maîtrise en design textile, spécialisée dans les techniques de tricotage Jacquard et les structures textiles conceptuelles, Emdal a quinze ans d’expérience dans l’art textile tissé à la main et numérique, allant des textiles de mode aux tapisseries d’art complexes, inspirées par l’histoire de l’art, les textiles anciens, les études culturelles et philosophiques, le féminisme, l’interdisciplinarité et les approches spirituelles. Une impression sensuelle, presque animiste, atteint une dimension sans précédent dans les œuvres Touch d’Emdal, développées à partir de 2019. La laine islandaise semble introduire une attention accrue à la sensibilité et au textile en tant que matériau vivant dans son travail, et à partir de ce moment, elle a principalement déployé sa recherche à travers la délicate laine islandaise, une fibre naturelle qui, selon l’artiste, est capable de vivre, si elle est traitée de la bonne manière.
Afin d’en observer les nuances subtiles, une certaine distance doit être maintenue. Les sculptures Touch, en dépit de leur nom, ne doivent pas être touchées, malgré leur tactilité irrésistible. Si on les touche, elles sont altérées dans leur aspect parfait et glacé, comme un doigt dans une barbe à papa. Ce paradoxe crée une frustration sublime, qui non seulement accroît le plaisir de la pure contemplation, mais provoque également un sentiment de crainte et de protection à l’égard des délicates créations ou créatures (de manière caractéristique, Emdal mentionne souvent ses œuvres comme des personnes ou des animaux, en les désignant par le terme “elle”). Ce sont des fantasmes, des chimères, des apparitions mystérieuses… Ne touchez pas, s’il vous plaît. Laissez-vous, vousmême, toucher.
Du 8 septembre au 25 novembre, 2023.
Galerie Maria Wettergen
121 rue Vieille du Temple,
75003 Paris


